1 L’étape de la rencontre, de l’idéalisation et de la fusion,
 c’est l’inammorento d’Alberoni ( cf. Le Choc amoureux, Editions Ramsay, 1981). On a alors tendance ( et c’est normal ) à porter les oeillères des amoureux et à ne voir vraiment que les qualités de la personne élue. On projette sur l’autre l’idéal recherché, et l’on croit qu’avec lui tous les problèmes vont disparaître.
Les premiers temps de la rencontre sont généralement très érotisés. Les amants vivent des moments d’intensité amoureuse et d’exaltation qui leur permettent de tout accepter de l’autre. Toutes les différences sont niées ou sous-estimées.

         2 L’étape de la désillusion.
Tout était rose, tout était beau. Mais cela n’a qu’un temps, et le choc du réel s’impose. Au bout d’une période plus ou moins longue dans l’histoire du couple, la désillusion apparaît.
A cette étape, le reproche formulé de façon quasi systématique est : « Tu as changé ».
Non, le partenaire n’a pas changé, c’est seulement qu’on n’avait pas su le voir. Avec la désillusion, il faut faire le deuil d’une image, d’une chimère, d’un rêve et du partenaire idéal. Il faut se rendre à l’évidence : l’autre n’est pas parfait, il ne vient pas combler toutes mes attentes.
Lors de cette étape cruciale, le risque est grand de méconnaître l’importance des blessures affectives antérieures et, en conséquence, de projeter sur le partenaire une image par trop défavorable.
La tentation est alors de repartir et de recommencer l’aventure ailleurs. La plupart des thérapeutes conjugaux s’entendent à dire que si bon nombre d’hommes et de femmes se séparent c’est qu’ils n’arrivent pas à surmonter cette étape de la désillusion. Et le psychanalyste Jean-G Lemaire ( in Le couple, sa vie, sa mort 1979 ) nous dit : « Tout se passe comme, si à la base de toutes les relations, on trouvait d’abord la quête d’une relation visant à confronter un Sujet jamais suffisamment comblé ni sécurisé ».

         3 L’étape du choix.
La relation amoureuse s’installe si les conjoints décident tous les deux de confronter leurs différences, et de poursuivre ensemble le chemin plutôt que de fuir chacun de leur côté. L’amour de couple est affaire de décision et de volonté. Ce faisant, on se situe au-delà des humeurs et des émotions, instables par nature.
On peut alors dire : « Aujourd’hui j’ai perdu mes illusions, mais je choisis de continuer avec toi pour essayer de construire dans la réalité ». Ou bien comme le disait Marie-Cécile : « Nous avions chacun une personnalité assez forte et je ne crois pas que nous étions un couple totalement fusionnel. Mais il est vrai qu’il me fascinait. Ensuite lorsque nous avons commencé à cohabiter, il est descendu de son piédestal. Comme il voulait toujours prendre toutes les décisions, j’avais souvent l’impression qu’il me reprochait de ne pas jouer le rôle d’une petite fille que l’on protège. Je me rebellais et nous nous disputions de plus en plus. J’ai fait ma crise et j’ai eu envie d’aller voir ailleurs. Il l’a très mal pris. Après la crise, et après une séparation transitoire, nous avons pu prendre un nouveau départ. Mais c’est grâce aussi au soutien psychologique, que nous sommes allés chercher auprès d’un conseiller conjugal, que nous avons pu démarrer une nouvelle histoire sur des bases différentes ».

         La capacité du couple à durer est fonction de sa capacité à reconstruire régulièrement du neuf, en effet comme le dit le psychanalyste Jean-G Lemaire : « Les couples qui se contentent de supporter leur usure ne durent pas ; ils se rendent possible une relation de cohabitation, mais ils meurent en tant que couples, même s’ils gardent une façade légale ».



         Sans doute est-il facile de tomber amoureux, mais vivre l’amour dans une relation durable est plus difficile. Cela suppose que l’on a développé une aptitude suffisante à accepter le partenaire tel qu’il est vraiment. On fréquente alors un autre monde, le monde de notre partenaire qui n’est jamais tout à fait le nôtre et auquel il faut bien s’adapter. Ses besoins et ses désirs vont parfois se heurter aux nôtres. Finie l’illusion du double ! Il nous faut accepter la différence et notre état de séparation fondamentale. Il nous faut reconnaître l’autre, c'est-à-dire le respecter, et renoncer à la symbiose. Notre partenaire ne pourra jamais se conformer à toutes nos exigences, ni répondre à tous nos fantasmes… Cependant si nous choisissons de vivre ensemble, chacun d’entre nous devra abandonner une part de son autonomie, une part de son indépendance pour créer un espace commun au couple. Sans oublier que chacun aura aussi besoin de conserver son espace vital personnel… Tous les couples ne sont-ils pas confrontés à ce que le philosophe Schopenhauer appelait le dilemme des porcs-épics : ils ont à la fois un très grand besoin de se rapprocher mais aussi de s’éloigner pour ne pas se faire de mal par une trop grande proximité.

         Schopenhauer écrit : « Un jour d’hiver glacial, les porcs-épics d’un troupeau se serrèrent les uns contre les autres afin de se protéger contre le froid par leur chaleur réciproque. Mais douloureusement gênés par les piquants,ils ne tardèrent pas à s’écarter de nouveau les uns des autres. Obligés de se rapprocher de nouveau, en raison du froid persistant, ils éprouvèrent une fois de plus l’action désagréable des piquants et ces alternatives de rapprochement et d’éloignement durèrent jusqu’à ce qu’ils aient trouvé une distance convenable où ils se sentirent à l’abri des maux ».

         Dans la relation amoureuse trop de fusion et c’est la confusion ! Aussi, bien souvent, pour donner les meilleures chances de longévité à son couple, pour lui donner un second souffle, le remède sera de préserver une autonomie suffisante à chacun.
Ne faut-il pas laisser de l’espace à la personne qu’on aime ? Et pour qu’elle ne devienne pas étouffante, ne faut-il pas fixer une borne à l’intimité conjugale ?