Les secrets des couples qui durent

03 mai 2017

Les « petits » tiraillements dans la vie du Couple.

   Patricia ne supportait pas que Philippe passe des heures à s’occuper de son jardin. Et Philippe reprochait constamment à Patricia de conduire trop lentement. Dans un couple l’erreur ne serait-elle pas très souvent de vouloir à tout prix une entente absolument parfaite comme si l’on partageait son existence avec une âme soeur, un alter ego dont toutes les façons d’être seraient semblables aux nôtres, un clone, en quelque sorte ? Bien sûr les différences peuvent nous contrarier voire même être source d’agacement... Mais l’Amour n’est-ce pas selon la belle formule de Jacques de Bourbon Busset « Quand la différence ne sépare plus » ?
 N’est-il pas évident, que lorsque l’on a une personnalité suffisamment affirmée, la différence de l’autre n’est pas ressentie comme une menace éventuelle. Et dés lors on n’est pas obsédé par le besoin d’imposer sa vérité ?
     Une personne suffisamment mature ne cherche plus à contrôler l’autre que ce soit à travers la domination ou la soumission. Et lorsque les deux partenaires d’un couple ne sont pas liés par ce besoin de dominer ou de se soumettre, chacun d’entre eux peut conserver sa part d’autonomie et d’indépendance sans que le partenaire ne se sente insécurisé ! Lorsque des ajustements réciproques et des assouplissements mutuels s’avèrent nécessaires, ils se font facilement.

         Il peut arriver que la mésentente dans le couple ne soit pas faute d’amour ou d’incompatibilité profonde mais qu’elle soit faute de compréhension et surtout de communication. Les partenaires de la relation ne parlent pas suffisamment de leurs petits différends ou de leurs désaccords par crainte d’engendrer un conflit ou par souci d’éviter de se retrouver coupables d’une faute. On évite de faire une remarque pour ne pas être blâmé soi-même. Ou bien encore il peut arriver que l’on ne sache pas comment s’exprimer sans blesser l’autre.

         Mais c’est possible !

         Jacques Salomé, dans ses nombreux ouvrages, a bien expliqué que dans une relation il est capital de parler de soi, de ce que l’on ressent, sans incriminer l’autre, sans le tenir pour responsable du malaise que l’on ressent… Aussi convient-il de proscrire et de jeter aux oubliettes les récriminations du genre :

         « Tu ne me comprends jamais »

         « Tout est de ta faute »

         « C’est toujours toi qui… »

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Dans une histoire amoureuse classique on repère généralement trois étapes

1 L’étape de la rencontre, de l’idéalisation et de la fusion,
 c’est l’inammorento d’Alberoni ( cf. Le Choc amoureux, Editions Ramsay, 1981). On a alors tendance ( et c’est normal ) à porter les oeillères des amoureux et à ne voir vraiment que les qualités de la personne élue. On projette sur l’autre l’idéal recherché, et l’on croit qu’avec lui tous les problèmes vont disparaître.
Les premiers temps de la rencontre sont généralement très érotisés. Les amants vivent des moments d’intensité amoureuse et d’exaltation qui leur permettent de tout accepter de l’autre. Toutes les différences sont niées ou sous-estimées.

         2 L’étape de la désillusion.
Tout était rose, tout était beau. Mais cela n’a qu’un temps, et le choc du réel s’impose. Au bout d’une période plus ou moins longue dans l’histoire du couple, la désillusion apparaît.
A cette étape, le reproche formulé de façon quasi systématique est : « Tu as changé ».
Non, le partenaire n’a pas changé, c’est seulement qu’on n’avait pas su le voir. Avec la désillusion, il faut faire le deuil d’une image, d’une chimère, d’un rêve et du partenaire idéal. Il faut se rendre à l’évidence : l’autre n’est pas parfait, il ne vient pas combler toutes mes attentes.
Lors de cette étape cruciale, le risque est grand de méconnaître l’importance des blessures affectives antérieures et, en conséquence, de projeter sur le partenaire une image par trop défavorable.
La tentation est alors de repartir et de recommencer l’aventure ailleurs. La plupart des thérapeutes conjugaux s’entendent à dire que si bon nombre d’hommes et de femmes se séparent c’est qu’ils n’arrivent pas à surmonter cette étape de la désillusion. Et le psychanalyste Jean-G Lemaire ( in Le couple, sa vie, sa mort 1979 ) nous dit : « Tout se passe comme, si à la base de toutes les relations, on trouvait d’abord la quête d’une relation visant à confronter un Sujet jamais suffisamment comblé ni sécurisé ».

         3 L’étape du choix.
La relation amoureuse s’installe si les conjoints décident tous les deux de confronter leurs différences, et de poursuivre ensemble le chemin plutôt que de fuir chacun de leur côté. L’amour de couple est affaire de décision et de volonté. Ce faisant, on se situe au-delà des humeurs et des émotions, instables par nature.
On peut alors dire : « Aujourd’hui j’ai perdu mes illusions, mais je choisis de continuer avec toi pour essayer de construire dans la réalité ». Ou bien comme le disait Marie-Cécile : « Nous avions chacun une personnalité assez forte et je ne crois pas que nous étions un couple totalement fusionnel. Mais il est vrai qu’il me fascinait. Ensuite lorsque nous avons commencé à cohabiter, il est descendu de son piédestal. Comme il voulait toujours prendre toutes les décisions, j’avais souvent l’impression qu’il me reprochait de ne pas jouer le rôle d’une petite fille que l’on protège. Je me rebellais et nous nous disputions de plus en plus. J’ai fait ma crise et j’ai eu envie d’aller voir ailleurs. Il l’a très mal pris. Après la crise, et après une séparation transitoire, nous avons pu prendre un nouveau départ. Mais c’est grâce aussi au soutien psychologique, que nous sommes allés chercher auprès d’un conseiller conjugal, que nous avons pu démarrer une nouvelle histoire sur des bases différentes ».

         La capacité du couple à durer est fonction de sa capacité à reconstruire régulièrement du neuf, en effet comme le dit le psychanalyste Jean-G Lemaire : « Les couples qui se contentent de supporter leur usure ne durent pas ; ils se rendent possible une relation de cohabitation, mais ils meurent en tant que couples, même s’ils gardent une façade légale ».



         Sans doute est-il facile de tomber amoureux, mais vivre l’amour dans une relation durable est plus difficile. Cela suppose que l’on a développé une aptitude suffisante à accepter le partenaire tel qu’il est vraiment. On fréquente alors un autre monde, le monde de notre partenaire qui n’est jamais tout à fait le nôtre et auquel il faut bien s’adapter. Ses besoins et ses désirs vont parfois se heurter aux nôtres. Finie l’illusion du double ! Il nous faut accepter la différence et notre état de séparation fondamentale. Il nous faut reconnaître l’autre, c'est-à-dire le respecter, et renoncer à la symbiose. Notre partenaire ne pourra jamais se conformer à toutes nos exigences, ni répondre à tous nos fantasmes… Cependant si nous choisissons de vivre ensemble, chacun d’entre nous devra abandonner une part de son autonomie, une part de son indépendance pour créer un espace commun au couple. Sans oublier que chacun aura aussi besoin de conserver son espace vital personnel… Tous les couples ne sont-ils pas confrontés à ce que le philosophe Schopenhauer appelait le dilemme des porcs-épics : ils ont à la fois un très grand besoin de se rapprocher mais aussi de s’éloigner pour ne pas se faire de mal par une trop grande proximité.

         Schopenhauer écrit : « Un jour d’hiver glacial, les porcs-épics d’un troupeau se serrèrent les uns contre les autres afin de se protéger contre le froid par leur chaleur réciproque. Mais douloureusement gênés par les piquants,ils ne tardèrent pas à s’écarter de nouveau les uns des autres. Obligés de se rapprocher de nouveau, en raison du froid persistant, ils éprouvèrent une fois de plus l’action désagréable des piquants et ces alternatives de rapprochement et d’éloignement durèrent jusqu’à ce qu’ils aient trouvé une distance convenable où ils se sentirent à l’abri des maux ».

         Dans la relation amoureuse trop de fusion et c’est la confusion ! Aussi, bien souvent, pour donner les meilleures chances de longévité à son couple, pour lui donner un second souffle, le remède sera de préserver une autonomie suffisante à chacun.
Ne faut-il pas laisser de l’espace à la personne qu’on aime ? Et pour qu’elle ne devienne pas étouffante, ne faut-il pas fixer une borne à l’intimité conjugale ?


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